15 conseils de survie pour devenir illustrateur de choc 1/2

Cet article est destiné aux personnes débutant comme illustratrices et illustrateurs en freelance.

Il est là pour vous donner quelques conseils, pour vous éviter les erreurs que j’ai parfois moi-même commises en démarrant mon activité d’illustrateur.

En le rédigeant, je me suis rendu compte qu’il allait être très long, je vais donc le découper en 2 parties que je publierai séparément. 

Je ne vais pas vous parler des diplômes et des formations nécessaires pour devenir illustrateur. Il existe en effet déjà tout un tas d’article sur le sujet. Nous n’aborderons pas non plus les démarches administratives à accomplir pour créer votre entreprise.

Je vais plutôt vous apporter quelques conseils forts subjectifs, en me référant à ma propre expérience, aux hauts et aux bas vécus, et aux astuces apprises en cours de route.

J’ai un profil touche à tout, où j’ai aussi bien travaillé pour des affiches, des livres jeunesse, de la pub que des jeux de société ou des objets déco… cet article s’adresse en particulier à ce type de profil même si certains conseils sont valables pour quelqu’un qui n’illustrerait que des albums jeunesse par exemple.

C’est parti !

à suivre :

  • 8. Développez une activité rentable
  • 9. Passionnez-vous pour la paperasse
  • 10. Unissez-vous
  • 11. Luttez contre le symptôme de l’imposteur
  • 12. Faites-vous respecter
  • 13. Séparez vie de famille / vie professionnelle
  • 14. Ressourcez vous
  • 15. Gardez la passion
  • 16. N’abandonnez pas

Cultivez votre style

Je vois parfois poser la question de savoir si il vaut mieux avoir un style unique ou au contraire pouvoir en maitriser plusieurs pour s’adapter à différentes commandes de clients. Pour moi, il est absolument clair que c’est la première option qu’il faut privilégier (vous pouvez me contredire en commentaire). 

Votre style, c’est votre signature, votre marque. C’est ce qui fera qu’un client choisira de vous contacter vous, et pas un autre.

Un client qui sait ce qu’il veut, c’est déjà l’assurance de gagner du temps. Si on vous contacte parce que vous êtes « polyvalent » vous risquez de ne jamais être totalement en accord avec la vision de votre client. À l’inverse, si vous avez un style clairement identifiable, les risques de ne pas correctement répondre à ses attentes diminuent.

En vous concentrant sur un style unique vous apprendrez à en maîtriser les nuances et subtilités. Vous pourrez l’explorer, le dompter, l’affiner jusqu’à en devenir ceinture noire 🙂 

Le but n’est pas de vous enfermer à tout jamais dans une esthétique figée, votre technique sera heureusement amenée à évoluer avec l’expérience. Rien n’empêche également d’introduire des variations dans votre univers, pour un style graphique plus enfantin ou adulte par exemple.

Le tout est de veiller à conserver harmonie et cohérence.

Construire sa signature visuelle c’est long, mais cela se fait tout naturellement, selon votre personnalité, vos goûts, votre imaginaire et vos aspirations… je ne vous apprends probablement pas grand-chose.

Créez un portfolio d’illustration qui claque

Votre portfolio en ligne c’est généralement le premier aperçu que l’on aura de vous, faites donc bonne impression dès la première seconde ! Donnez la meilleure image de vous-même en sélectionnant soigneusement vos meilleurs travaux.

Votre portfolio d’illustrateur doit représenter au mieux votre style et vos compétences. Montrez que vous êtes capables de répondre à des demandes diverses (qui restent toutefois dans votre domaine de compétence). Je vois parfois des books d’illustration avec un style très maitrisé mais avec un manque de diversité dans les thèmes ou les mises en scène qui peuvent faire douter des capacité de répondre à certaines demandes.

 Si vous créez du contenu éditorial, êtes vous capable de dessiner vos personnages en train de rire, de pleurer, d’interagir entre eux ? Pouvez-vous dessiner des personnes âgées, des jeunes retraités, des enfants ?

Enfin, présentez-vous brièvement, soyez amène, histoire que votre client sache que vous n’êtes pas un dangereux psychopathe (et si c’est le cas, je vous conseille d’être quand même engageant).

Consacrez du temps à trouver des clients

Savoir dessiner ne suffira hélas pas à vous faire vivre de votre métier. J’ai vu des artistes bien plus talentueux que moi mettre un terme à leur activité car ils ne parvenaient pas ou plus à en vivre correctement. 

Au risque de choquer je dirai que pour vivre du métier d’illustrateur freelance, il faut 60% de talent pour le dessin et 40% de talent pour se vendre. J’entend par « se vendre » se faire connaitre, trouver des clients, négocier ses contrats et garder ses clients.

Faites venir vos clients à vous :

Avoir un beau portfolio c’est bien, qu’il soit visible, c’est mieux.

Travaillez le référencement de votre site (formez-vous au SEO) pour être visible dans les résultats de recherche des internautes.

Soyez présent et actif sur les réseaux sociaux, un bon moyen de se créer des contacts. Personnellement c’est un aspect que j’ai toujours trop négligé, c’est un tort. Il faut dire que créer sans cesse du contenu dans un monde déjà sursaturé d’images, faire grandir et interagir avec sa communauté, c’est chronophage et épuisant.

Vous pouvez également vous rendre visible sur des plates-formes de création de portfolio en ligne et de freelance telles que Behance, ArtStation, DeviantArt, Ultra-Book, Malt… Vous verrez que certaines sont plus adaptées à certains styles que d’autres.

Allez à la rencontre de vos clients  :

Profitez de salons pour prendre des rendez-vous afin de présenter votre book, démarchez des directeurs artistiques par mail…

Un agent d’illustrateurs pourra également contribuer à accroitre votre visibilité (en plus de vous aider à négocier vos contrats, gérer vos factures…)

Apprenez à vous vendre

Ne vous bradez pas

Si il y a bien une chose que je n’ai pas appris pendant mes études, c’est à déterminer la valeur de mon travail. J’ai eu la chance d’être rapidement épaulé à mes débuts par mon agent qui établissait mes devis, cela m’a été d’une grande aide.

Qu’est-ce qui fait le tarif du freelance ? 

« Un freelance n’est pas un « salarié sans patron », mais une entreprise sans salariés, avec les mêmes contraintes et obligations que toute entreprise. »

Je vous invite à lire cet article du kit de survie du créatif pour bien avoir conscience de ce qui entre en compte dans votre prix.

Pour Établir votre devis, lisez donc ce second article Comment établir mes devis ?

Voici un outil simple pour créer vos devis et facture d’illustrateur freelance 

Si vous avez besoin d’aide pour créer votre devis pour votre projet illustré, sachez qu’il existe un groupe Facebook dédié.

Ne travaillez pas gratuitement, dites non au travail spéculatif (crowdsourcing)

Ne faites pas d’essai gratuit. Votre portfolio est là pour montrer l’étendue de vos capacité et votre style. Si on veut vous faire faire un essai pour être sûr que vous correspondez au projet, très bien, mais il faut vous rémunérer pour le temps de travail effectué.

Ne participez pas à des concours où vous devez respecter un brief, en concurrence parfois avec des centaines de designers, où il n’y aura qu’un seul « gagnant » rémunéré à la fin. 

Si vous voulez travailler gratuitement, remplissez votre portfolio en créant de nouvelles images personnelles ou soutenez des associations qui vous tiennent à coeur.

Demander à être payé pour tout travail c’est montrer que vous êtes professionnel et établir une relation saine de respect avec votre client.

Peut-on vraiment vivre de l’illustration ?

Commençons par jeter un froid : les chiffres datent mais ça n’a dû guère s’améliorer : Suite aux Etats généraux de la bande dessinée en 2016, on apprenait que 36% des dessinateurs de bande dessinées vivaient en dessous du seuil de pauvreté et 53% avaient un revenu inférieur au Smic annuel brut, alors que le secteur se porte très bien. En livre jeunesse, où le pourcentage de droits d’auteurs versé aux artistes est généralement inférieur à ceux de la BD, la situation est probablement pire.

D’ailleurs, pourquoi les pourcentages de droits d’auteurs sont ils inférieurs en jeunesse ? Je n’ai jamais trouvé d’explication convaincante, je pense que c’est tout simplement car c’est un secteur ou la part de femmes est plus importante qu’en BD… et que dans notre société les femmes sont généralement moins bien payées que les hommes.

Pour ma part j’ai la chance de vivre de mon métier et je n’ai exercé que celui-ci pendant 17 ans (depuis peu j’endosse une seconde casquette, ma femme et moi-même ayant créés une entreprise de cosmétiques naturels). Si j’ai bien pu vivre de mon métier ces dernières années, cela n’a pas toujours été le cas et j’ai connu des épisodes stressants.

Comment est-ce que je réussi à vivre de mon métier ?

Tout d’abord, je refuse de travailler à n’importe quelle condition, je rejète un projet si il n’est pas correctement payé. Je travaille pour différents secteurs, comme la communication ou le jeu de société, où les budgets sont plus réalistes qu’en livre ou presse jeunesse. Je négocie le pourcentage de mes droits d’auteurs pour obtenir une juste rémunération. Enfin, je n’hésite pas à faire preuve de pédagogie pour expliquer à mon client que son budget n’est pas adapté si tel est le cas, le dialogue est parfois fructueux.

5. Développez vos compétences

Continuez à vous améliorer

Il n’y a pas de secret : pour progresser, il faut dessiner, encore et encore.

Cela dit, on progresse plus quand on a le temps… d’en perdre.

J’ai des journée de travail très remplies et je suis frustré de ne pas avoir le temps de dessiner juste pour le plaisir, d’expérimenter. Ces dernières années je n’ai quasiment fait aucun dessin personnel, j’enchaine les projets en essayant de tenir les délais tant bien que mal, en plus d’autres projets et d’une vie de famille bien remplie. Profitez pour dessiner pour vous tant que vous en avez la possibilité.

Perspective, couleur, composition… il y a de quoi passer des heures à apprendre.

Je vous conseille d’investir petit à petit dans une bibliothèque d’ouvrages de référence, vous ne le regretterez pas.

Vous pouvez également suivre des cours de dessin en vrai, ou en ligne, vous trouverez bien des tutoriels videos gratuitement sur YouTube ou pourrez accéder à des cours payants comme 21draw, cela peut valoir le coup d’investir.

Développez de nouvelles compétences

On l’a vu, formez vous au référencement. Apprenez à vous vendre, à négocier. 

Développez des compétences dans d’autres domaines qui pourront vous servir en illustration, comme la composition en photo. 

6. Sachez vous mettre à la place de votre client

Soyez à l’écoute, posez des questions afin d’avoir une bonne compréhension des besoins et des exigences de votre client. 

Demandez un brief détaillé afin d’être sûr de vous être bien compris.

Avant de me lancer comme illustrateur freelance, j’ai fais un passage dans des agences de publicité, souhaitant devenir directeur artistique. Cette expérience et mes études en BTS Communication Visuelle me permettent de bien cerner les besoins des personnes avec qui je suis amené à collaborer, en adoptant le même regard.

Vous êtes là pour mettre votre talent au service d’un projet en respectant les besoins et envie de votre client : prenez toujours du plaisir à créer mais n’oubliez pas que celui qui doit être ravis à la fin, c’est lui avant tout. Enchantez-le ! Ce sera peut-être le début d’une longue collaboration pour d’autres projets.

7. Négociez vos contrats

Un contrat est fait pour établir une entente entre deux parties (et les engager dessus), pas pour imposer les volontés d’une partie sur l’autre.

Un bon contrat, c’est un contrat équitable que les deux parties sont contentes de signer.

N’hésitez pas à négocier si vous trouvez que la rémunération que l’on vous propose n’est pas adéquate. Posez des questions si il y a des passages qui vous échappent. Demandez à retirer des paragraphes si vous estimez qu’il sont à votre désavantage ou qu’ils sont tirés par les cheveux (on vous contacte pour une affiche sur la fête de la choucroute et le client se réserve le droit d’utiliser votre visuel pour une brosse à dent et une série animée et ?).

En négociant vous obtiendrez de meilleurs revenus mais au-delà de cela vous gagnerez confiance en vous et vous montrez que vous êtes un professionnel qui connait ses droits et la valeur de son travail.

Vous pouvez négocier le montant de votre à valoir, de vos droits d’auteurs, les droits sur les adaptations numériques, les droits dérivés, la durée de cession, la reddition des comptes… 

Les droits numériques numériques sont souvent négligés, on est content d’obtenir une rémunération correcte sur le support physique et on prête moins attention à cette partie… pourtant le numérique a probablement un bel avenir, une version numérique d’un projet peut même connaitre une meilleure vie numérique que physique !

Pourquoi ne pas demander à ce que cette partie soit traitée dans un avenant au contrat en temps voulu si une adaptation n’est pas prévue tout de suite, histoire d’avoir plus de recul sur le projet ?

Négocier peut-être intimidant mais vous vous rendrez vite compte des avantages. Si votre requête est justifiée il n’y pas de raison que votre interlocuteur ne soit pas au moins à l’écoute. 

Soyez vous aussi à l’écoute et prenez si besoin le temps de réfléchir.

Pour aller plus loin je ne peux que vous conseiller l’acquisition du livret « la Négociation » un guide par et pour les illustrateurs, de Lucie Brunellière et Marion Duval, illustré par Alexandra Pichard, en vente à 11€.

Voilà, la première partie de cet article est terminé, il faut que je finisse de rédiger la seconde, je la mettrai prochainement en ligne !

On abordera des thèmes essentiels comme l’importance de se regrouper dans une profession où nous sommes toutes et tous bien souvent isolés.

Si vous avez des remarques, des questions ou souhaites juste laisser un gentil commentaire, rendez-vous ci-dessous.

Vous pouvez également m’envoyer un message via le formulaire de contact.

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